Dans la tête de Paulette

À la découverte de ma ville natale

En début du mois de mai, j’ai fait quelques calculs au travail et j’ai réalisé qu’il me restait pas mal de jours de congés à poser avant la fin du mois… N’ayant pas un budget extensible, j’ai fait un petit tour à Grenoble pour voir mes parents et j’ai également profité de quelques jours pour retourner au Havre, ma ville de naissance.

– Petit aparté, j’ai quitté Le Havre l’année de mes 16 ans et j’y suis retournée quelques rares fois depuis, ma marraine étant toujours sur place –

Lors de ces quelques jours sympathiques et sous le soleil (malgré ce qu’on peut dire de la Normandie), j’ai fait une visite touristique de ma ville natale.

Il faut savoir que Le Havre a été une de ville les plus touchées par les bombardements lors de la Seconde Guerre Mondiale, elle a donc été quasiment entièrement reconstruite dans les années 50.
L’architecte qui a été appelé à faire ce chantier est Auguste Perret et son matériaux de prédilection était le béton.

Malgré ce pitch hautement joyeux et coloré, le centre-ville du Havre a été inscrit par l’UNESCO sur la Liste du Patrimoine mondial de l’Humanité en 2005 (année suivante de mon départ).

Dans le cadre de ce patrimoine mondial, quelques visites et expositions ont été mises en place, entre autres, l’Appartement Témoin d’Auguste Perret. Restauré selon le plan intérieur publié en 1946, son aménagement est une reconstruction fidèle des appartements-types ouverts à la visite pendant les travaux de reconstruction.

Ce mardi de mai, j’ai donc poussé la porte de la Maison du Patrimoine pour assister à une visite guidée d’une heure en compagnie de cinq autres curieux.

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La visite commence par une présentation du contexte historique, en 1946 Auguste Perret avait alors un cabinet d’architectes à Paris et est appelé pour dessiner la reconstruction du centre-ville du Havre. À l’époque, Perret a plus de 70 ans et fait partie de l’ancienne école architecturale. Il propose un premier îlot de bâtiment en béton qui, bien entendu, fait scandale et cela, encore à notre époque.

L’îlot est composé d’un immeuble haut puis d’une cour intérieure et d’un immeuble bas. Cet ensemble est repris quatre fois pour former la base du plan de reconstruction de la ville par Perret. Chaque élément de l’architecture de Perret est composée de module faisant 6,24 mètre (facilement divisible). Ces modules sont ensuite assemblés pour former des appartements, des immeubles, des îlots. Tous les 6,24 mètres, un poteau porteur en béton bouchardé est visible (à l’extérieur du bâtiment ou même à l’intérieur). On est donc face à un tout premier type de logement préfabriqué.

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Les fameux 6,24 mètres entre deux poteaux porteurs

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Les poteaux porteurs en béton bouchardés visibles à l’intérieur comme à l’extérieur

L’Appartement Témoin est situé dans un des premiers îlots construit par Perret. On y accède par la cour intérieure entre le grand immeuble et l’immeuble bas.

Une fois le hall de l’immeuble passé et l’escalier monté, nous entrons dans un appartement de 100m² entièrement meublé avec des éléments de l’époque.

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L’entrée est un espace en étoile qui mène aux différentes pièces de l’appartement. Elle est ouverte sur la pièce principale qui fait office de « grande pièce commune où tient toute la vie de famille ».

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Deux chambres d’enfants sont situées sur la gauche (fenêtres sur cour), la cuisine est à droite (fenêtres sur la rue).

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Au fond, la chambre parentale donne également sur la cour, la salle de bain entièrement carrelée de bleu piscine est attenante à la chambre et ne possède pas de fenêtre (révolution pour l’époque !). La salle de bain étant également traversante, de l’autre côté, on arrive sur le bureau qui rejoint la pièce à vivre.

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Les détails sont poussés jusque dans les placards, remplit d’ustensiles de l’époque. Les objets et meubles de série étaient déjà présents dans les appartements de Perret lors de la livraison à l’habitant.

La cuisine est équipée avec de l’électroménager hi-tech (cocotte minute, grille pain, moulin à café électrique). La salle de bain a deux machines à laver (une manuelle et une automatique). Le frigidaire est par contre un ajout un peu luxueux, à l’époque, il valait environ deux mois de salaire.

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Dans le bureau, on trouve un croquis préparatoire de Perret pour la construction de l’Hôtel de ville du Havre. Le bâtiment est massif et central dans la ville, son inauguration en 1958 a eu lieu après la mort de Perret par un de ses élèves. Auguste Perret avait laissé tomber le projet face au rejet total de la part de la municipalité. Quand on voit le croquis, on comprend l’avis des élus de l’époque.

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Le vrai Hôtel de ville, en 2016

L’agencement de l’appartement est régulièrement modifié afin de renouveler la visite.

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En sortant de cette visite guidée, j’ai eu envie de prolonger la découverte en flânant dans les rues du centre-ville pour regarder d’un œil nouveau les bâtiments. Même si toutes les constructions ne sont pas de Perret, elles suivent le même schéma de module de 6,24 mètres.

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Ici, mon collège, que je (re)découvre

Plus près du bord de mer, s’érige l’église Saint Joseph, autre édifice emblématique de l’architecture Perret au Havre. D’extérieur, toujours ce béton, ces blocs et ces poteaux porteurs apparents. À l’intérieur, des vitraux non figuratifs, des angles droits, une atmosphère froide et nue. Sa tour de 107 mètres est vide et repose sur quatre piliers qui délimitent la base carrée de la structure. Pour la construction, il a fallu 700 tonnes d’acier et 50 000 tonnes de béton.

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Perret étant athée, il voulait également faire de l’église un monument en mémoire des victimes de la guerre (toujours très présente dans la ville du Havre).

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J’ai adoré faire (enfin) la rencontre de ces témoins d’une époque que je n’ai pas connue mais que mes grands parents m’ont raconté. La reconstruction d’après guerre a aussi permis de donner une image moderne à la ville, dommage que cette image soit aussi marquée par son époque et aussi méconnue du grand public.

Moi la première, j’ai longtemps parlé de ma ville natale comme d’une ville triste, grise et ringarde. Je pense que je change un peu d’avis.

  • posté le 20 mai 2016

  • dans Voyages

4 commentaires

  1. Titite dit :

    Je ne connais pas du tout le havre, merci pour la découverte !
    L’église est très impressionnante.

    1. Paulette dit :

      Je l’ai toujours trouvée digne de Gotham City !

  2. Shermane dit :

    Ah, comme quoi 🙂
    J’aime beaucoup l’intérieur de ces bâtiments, seule leur couleur fait un peu tristoune – et encore ! On retrouve des imitations de ces frigidaires d’époque, d’ailleurs, et si elles ne valent pas 2 mois de salaire, elles sont tout de même relativement coûteuses. Le prix du vintage.

    1. Paulette dit :

      Et oui, les découvertes sont multiples et quotidiennes parfois !
      En même temps, je pense qu’un frigo de cette époque, il doit pas mal consommer aussi. Le second effet du vintage.

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